CarnavalS
-les cortèges hivernaux-

Par TiTom, 03.03.2020

Fin de l’Hiver, il est une tradition européenne séculaire qu’est le Carnaval.
Détourné par l’église, on lui attribue de nos jours un quadragésime, c’est à dire une période de 40 jours pour coïncider avec le Carême, jour des Rameaux annonçant la Pâques; d’où l’on croit à tort à la parenté étymologique « carnelevare », ( ou « caro vale »), littéralement « enlever la viande » du latin.
Jusqu'au XIXe siècle, le mot « carême-prenant » a été utilisé en français à égalité avec « carnaval ». Il a été orthographié de diverses manières : caresme-prenant, quaresmeprenant, etc... En France on peut trouver des variantes régionales de « carême-prenant », telles que « caramentran » en Provence.
De « carême-prenant », on a dérivé deux expressions. L'une : « tout est de carême-prenant », pour parler de certaines libertés, en particulier dans le domaine des mœurs, qui se prennent ou prenaient traditionnellement pendant le carnaval. L'autre, pour désigner une personne costumée en carnaval, ou en général quelqu'un d'habillé de façon ridicule. Dans cette situation, on entend crier « Au secours, au secours, votre fille on l'emporte, Des carêmes-prenants lui font passer la porte ». « Vous voulez donner votre fille à un carême-prenant ? ».
Une origine plus ancienne du nom viendrait d’une plus ancienne coutume : Carrus navalis ; le char naval; ancienne commémoration d’invasion ou d’immigration d’une Déesse sur sa barque accostant; un mythe de bien avant notre ère.
À Rome le Carnaval, qui est la fête du Char-Naval (cf. aussi les Naharvales et Narval) dans laquelle “Dionysos-Bacchus, fils de Zeus et de Sémélé (ou un acteur portant son masque), apparaît à ses fidèles en sortant de la mer sur un char en forme de navire pour épouser la femme de l’Archonte …� À Venise, l’actuelle Régate Historique où l’on voit des gondoles ornées de Chevaux marins, de Dragons, de Neptune, manifestent l’héritage mémoriel en la présence de “chars navals” pouvant rappeller une certaine submersion, renouvelant la catastrophe de Théra et son raz de marée ravageant la Méditerranée dans un lointain passé?...

Connu sous bien des noms selon les traditions et cultures tant que géographiques, le principe de procession masquée, de frénésie et d’expiation souvent faite par le feu au final, recèle un rite Païen de Chasse; où le principe est bien rappelé au final de « chasser l’Hiver », en l’immolant le plus souvent.
On ne peut de là, passer à côté de cette chasse païenne que l’on connaît en général sous le nom de La Grande Chasse Sauvage, couvrant la Période Sombre et froide de l’Année aux alentours des Équinoxes.
La Vieille Tradition a gardé en certaines places alémaniques, la date officielle du 11.11 ou St-Martin pour débuter cette période de Carnaval où déguisements déjantés se rapprochent plus d’une nuit des Lumières de la Samhain, où les esprits perturbés et perturbants de l’Hiver arrivent nourrissant le thème de l’halloween...
À ce moment commence le règne des princes et des couples princiers du carnaval dont la mission est de diriger l’agitation carnavalesque jusqu’au mercredi des Cendres. À Cologne, c’est même un trio, le Dreigestirn, qui est couronné : un prince, un fermier et une vierge; où l’on pourrait facilement y transposer mythes et contes...
À l’instar de la Grande Chasse on retrouve ce trinôme, encore plus marqué durant la période solsticiale hivernale.
Les démons de l’Hiver arrivés, la procession du Borgne Voyageur calme un moment les ardeurs du Krampus et ses acolytes sans oublier le passage de La Dame Blanche...c’est d’ailleurs cette dernière qui ouvre la dernière partie de cette cohorte cauchemardesque.
Aux alentours de la Épiphanie, dont l’origine grecque se rapproche plus de manifestation lumineuse évidente, marque en effet un changement de la composition des cortèges. En effet, composé en général de monstres et défunts en tout genre, la Lussy nous a déjà démontré que la cohorte peut être lumineuse... et bien plus après le Solstice où « La Dame des jours lumineux »se manifeste clairement dans les cortèges de début d’année dans certaines régions alpines. Ses adorateurs lui laissaient nourriture, boisson et autres offrandes en échange de ses bénédictions de prospérité et d'abondance. De grands festins étaient tenus en son honneur, où on servait entre autre du poisson et du porridge, ses mets favoris.
L’église l’assimila plus tard à Holda, Diane, Frigga, Perchta,Herodias, Richella ou Abundia, bien que les adorateurs respectifs de ces déesses les honoraient comme des entités distinctes.
De nos jours, des parades et festivals sont organisés dans certaines régions alpines, où les gens portent des masques de bois à l’effigie d’animaux. Ces masques représentent tantôt une créature aux traits magnifiques et étincelants, tantôt une créature aux crocs et défenses protubérants, arborant parfois une queue de cheval, accessoire non banal qui est réputé chasser les esprits maléfiques.

Au moment des calendes de février, hommes et femmes se déguisaient en cerfs et en biches, ainsi qu’en bœufs et en génisses, et dansaient. C’était le carnaval gaulois. Il y a un rapport entre ces déguisements en cerfs (ou en biches) et la chasse au cerf ; il est probable que sur la montagne du Donon, la scène de Smertulus préparant le sacrifice du cerf se trouvait au centre des processions annuelles ; des animaux de la forêt que l’on retrouve aussi au « bal d’automne » en hommage aux animaux hibernant, donc normal de les retrouver au printemps ; correspondant presque, si ce n’est, au temps des transhumances. � « Ces cérémonies païennes qui avaient lieu chaque année ont été maintes fois interdites par les conciles du Haut Moyen-Âge et par les prédicateurs chrétiens. Au siècle dernier, Carnaval était encore célébré par des cortèges de ce genre notamment dans la région du Sundgau, au Sud de l’Alsace » (Émile-Georges Wagner, Cernunnos, in rev. Message n°54, IIème trim. 2000).�
Les masques et les déguisements représentent le souvenir de cette grande mascarade qui représentait le bannissement de l'hiver pour ces cortèges.
Il s'agit en même temps d'une dérision systématique de l'ordre social. Ce n'est cependant pas le désordre social, mais un exutoire qui permet de rendre l'ordre social plus supportable, de se libérer des tensions. Dont l’ancienne célébration romaine des Saturnales sur la période solsticiale et marquant la nouvelle année, semble avoir marqué sans en différencier les subtilités, entre Lupercales et Bacchanales...
Comme remarqué précédemment en cette dernière période, le cortège évolue, passant d’une cohorte sauvage et sombre à une cohorte jovialement lumineuse. Un cortège mené en général
soit par un couple, soit par un Meneur ( non sans rappeller le « Grand Veneur » qui dirige la Grande Chasse Sauvage et nous relie encore au cortège carnavalier..), suivi d’un cortège de « Noirauds » symbolisant les forces obscures hivernale chassés par les « Blancs », esprits lumineux solaires; dans le seul but d’accueillir au mieux les Premiers-beaux-temps que l’on appelle Printemps ou Ostara...

Ce fut d’ailleurs la nature de cette fête, jugée hautement “scandaleuse”, qui n’a pu être totalement interdite par l’Église.
Entre les masques, les ripailles gargantuesques et les inversions chaotiques, Le Carnaval est une fête de grande importance dans laquelle tous les interdits sont levés : c’est la Fête de Fécondité des Hommes, et les Femmes qui n’ont pas eu d’enfant jusque alors, pourront savoir si cela venait d’elle ou de leur mari (marri pour la circonstance) :� « Cernunnos, “le Cornu” va passer par là et leur faire un petit Esus ! » (Euphronios Delphiné).�Moment où, Smertullus l’Hercule gaulois sacrifiait un cerf sacré, puis c’était une bacchanale, c’est à dire un rite de fécondité que favorisait une orgie arrosée de cervoise.
-Cette fête semble absente chez les Celtes insulaires (du moins, pour ce que nous en ont laissé les clercs qui nous ont rapporté – avec leur habituel parti pris – leurs contes mythologiques).-
Le procédé employé pour stopper ces célébrations païennes fut là exemplaire : on le “canalisa” grâce aux “collèges des enfants de chœur et des chanoines” restés très près du peuple et qu’on chargea de son organisation. On la finança d’abord avec les deniers de l’Église, sous conditions, puis on y obligea les bourgeois – toujours “bien-pensants”, toujours Collabos – pour que ses cavalcades, ses défilés, et peu à peu ses représentations de mystères… chrétiens, attirent, édifient et policent le peuple ( carne levaere). Après cette canalisation, il fallut “coloniser” ses révoltes et ses satires. Les “orgies” des fêtes de la fécondité, ayant été diabolisées, il ne resta bientôt plus que des chars et des cantiques “édifiants” en place des sarabandes, des rondes labyrinthiques, des chambards et des chants populaires... Ainsi, la “course” entre les Blancs et les Noirauds allait se transformer en Corso, plus ou moins fleuri de papier crépon : « pauvre ramassis de distractions insipides pour banlieusards désœuvrés, éberlués de violences télévisuelles et de surcharge informationnelle planétaire trafiquées et in-signifiante. Seules, de maigrichonnes majorettes en bas résille leur serviraient encore, de ci, de là, de fantasme de fécondité. » (Euphronios Delphyné).� Un autre procédé remarquable d’évacuation de ces rites, fut l’utilisation du mythe païen pour lutter contre ses propres mainteneurs : au Moyen Âge, c’est au moment du Carnaval où les “Blancs” brûlent les “Noirauds” de l’hiver, que l’Église brûlait nos sourcières et nos herboristes déclarés pharmakos, c’est à dire “boucs émissaires” !
Sébastien Brant, l’évêque de Bâle, dénonça” ces Fêtes des Fous tout particulièrement la Nef des fous de 1494 où les carnavaliers sur des chars représentant la « nef du mal » et que la foule incendiait au final...

Ainsi donc, Quelle que soit sa durée, le carnaval présente une progression qui va d'une phase préparatoire jusqu'au paroxysme de l'inversion et de la transgression. Un jugement et une mise à mort, le plus souvent par le feu purificateur, viennent mettre fin à quelques semaines de règne du Bonhomme-Hiver symbole de Carnaval et de la folie collective.
Après les rites de purifications passés récemment et les rites de fertilités à la Terre, aux femmes à Imbolc, Carnaval “fête de fécondité des hommes”, tel la sève Sylvestre remontant, et les Femmes qui n’ont pas eu d’enfant jusqu’alors auraient preuve de la fertilité de leur époux...� En divers lieux et à diverses époques, on trouve donc des carnavals qui basculent par-dessus la frontière impérative du mardi gras pour déborder en plein Carême. Ainsi, le Vieux carnaval survivance d'un usage ancien antérieur à la mise en place du mercredi des Cendres
Marqués par de Grand feux ou Fereu (feu-(heu)-reux ?) en Wallonie...
Pour la plupart des folkloristes modernes bien curieux, il est admis que la Mi-Carême recouvre une très ancienne fête païenne groupée aux rites hivernaux liés aux équinoxes invitant à la purification (comme le dit l’adage des grands nettoyages) dans un but propitiatoire d’abondance, de fertilité et de réussite pour le reste du cycle à venir exprimé traditionnellement par le premier bûcher saisonnier...