Jour du Perce-Neige...

Texte d’après « Racines et traditions en pays d’Europe ».

Chez les Celtes, la fête de la déesse Imbolc correspondait à une purification par l'eau lustrale, rituel agraire très important censé favoriser la fécondité et la fertilité. Dans la mythologie irlandaise, Brigid, déesse de la créativité, symbolise ce renouveau.
À cette période de l’année, on voit déjà la renaissance de la végétation, et vient alors la lactation des brebis ainsi que l’agnelage. C’est donc une fête de purification après l’hiver, de Lustration.

Autrefois une fête lustrale en l’honneur de la Grande Déesse Brigantia/ Bride/ Brigitte – la Déesse Mère* – patronne des Druides et Bantrui (“druidesses”), Anagantios en Gaule et Nerthus en Germanie, déesse aux trois visages, un Trinêtre dont les attributs sont l’art de guérison, l’art du feu et l’art de la poésie, bien proche par conséquent des Charités grecques où des Grâces romaines. L’objet de cette fête était de mettre fin aux rigueurs et aux souillures de l’hiver.
Le cycle « dormant » s’efface tout doucement au Réveil annonçant l’activité des choses. Profiter de prendre un bon souffle avant de reprendre la ré-activité du rythme. L’occasion de sortir se rafraîchir et se réveiller comme la marmotte dans son petit confort.

Les hommes célèbrent Balfari "la fête des torches" en illuminant les Bulfen – les entrées des cavernes; symbole chthonien de La Déesse – avec des torches, pour montrer aux âmes qui reviennent du séjour originel sur terre, le chemin vers le monde d'en haut.

La première des fêtes celtiques est Imbolc (lustration) ou Brigantia : C’est une fête de fécondité agraire dédiée à la triple Brigitte (Bride) ce qui explique que l’Église* l’ai phagocytée en la transformant en “fête de la purification de Marie” laquelle aurait été assistée dans son accouchement par une hypothétique sainte Brigitte elle aussi colonisée pour la circonstance : ainsi, c’est toujours une histoire de Déesse Mère, mais encore faut-il savoir – ou avoir envie – de décrypter ces légendes, “pieuses” certes pour les chrétiens, mais destructrices de la culture et racines ”europaïennes” !
Au VIème siècle, sainte Brigitte, un des saints patrons de l'Irlande, remplaça la divinité ancienne: le "Saint Brigid's Day" actuel correspond à l'ancienne fête du printemps. A cette occasion, ont lieu de nombreuses traditions populaires. Ainsi à Kilgobnet, dans le Kerry, à la Sainte-Brigitte, des jeunes gens appelés Bridéoga portent en cortège une poupée en paille de la sainte. Devant chaque maison, ils récitent des vers traditionnels pour solliciter la bénédiction de la sainte sur le foyer. En échange, ils sont récompensés par une petite somme d'argent, offerte par les habitants de la maison.

Pour les Grecs : C’est la fête de Cérès ou Déméter “la grande pourvoyeuse”. Dont la Croisée des Païens avait illustré la scène au début de la Saison Sombre lors de notre Rencontre annuelle. Cette avant-fête du printemps célébrant la recherche par la Déesse Mère* Dé Méter, de sa fille Perséphone retenue aux enfers crépusculaires (l‘Érèbe) par son “mari” Hadès. Mariage “arrangé” par Zeus sans le consentement de l’intéressée…

Elle est devenue chez nous, par suite de l’occupation romaine, la Chandeleur du nom de leur Fête des Candella. Le concept de confirmation de la nouvelle lumière (1ère fonction*) prime ici sur celui de lustration (3ème fonction).

Le mot "Chandeleur" vient précisément de candela “chandelle” reprise dans l'expression romaine Festa candelarum “fête des chandelles”, confirmant bien ainsi une Fête des Lumières ( la dernière des Trois).

Au Vème siècle, le pape Gélase Ier remplaça le vieux rite païen de la lumière des Lupercales, hérité des romains, par la fête religieuse de la Chandeleur, où l'on commémore 40 jours après Noël un rite… hébraïque où en orient, c'était jour chômé. En Occident, on portait des torches en procession, signe de lumière. Cette fête devînt du même coup en 1372 en Avignon la fête de la Purification de la Vierge. Avant le concile de Trente, l’Église bénissait autrefois candelas et ignem novium, “le feu* nouveau”. Cette fête est restée vivante à Saint-Victor (Marseille) où se trouve la crypte d’une antique Vierge Noire* appelée populairement N.-D. du Fenouil : ce nom camoufle évidemment fue nòu, “feu nouveau” !
Les pèlerins viennent y allumer des bougies vertes, symbole de la renaissance de la nature à laquelle se rapporte aussi le rite du feu nouveau, pour ramener la fécondité chez eux. La Vierge et l’enfant sont alors revêtus d’un manteau vert nous rappelant un certain rite popularisé.� Remarquons bien ici que c’est la couleur de la troisième fonction* dumézilienne, celle de la fécondité. Où pour cette fête, les boulangers de Marseille font des petits gâteaux en forme de bateau (!) appelés pour cela des navettes, barquettes ou banalement appelé « Madeleines », que certains de leurs clients vont faire bénir avant la procession de la Vierge Noire avant de distribuer ces souvenirs ancestraux du navigium isidis : comment ne pas y voir la Nef d’Athéna, qui débarqua ici en Provence (avec les Salyens, “ceux de la salée” ?) – tout comme à Naples – et qui vient à terre sur un char naval pour le rite festif du… Car-naval ?
Ainsi donc, en grattant un peu le tableau d’Imbolc ont y découvre bien plus qu’une vénération pour la devenue chrétienne ; Dans la région du Mont Beuvray, haut lieu gaulois s’il en fut, se trouve la source de la Loue qui sort d’une caverne telle une Mélusine. Aux alentours il y a un menhir percé nommé Le Moine-Blanc que les rayons du soleil traversent précisément à la Chandeleur. C’est donc un repère astronomique des plus anciens et ce symbole figure d’ailleurs entre les pattes du cheval solaire Bayart/ Apollon de la pièce gauloise en or que le gagnant du concours de crêpe recevra : c’est lui le véritable étalon-d’or, symbole fécondant de l’Abondance de la Terre Mère !
La San de Luze à Saint-Jean-d’Avelanne (38) n’est évidemment pas “une déformation patoisante de Chandeleur” mais celle d’un Saint de Lumière, Lug évidemment, ce qui est indiqué pour fêter l’Aurore de l’Année...
Notons également qu’en dehors de la célébration d’une divinité lumineuse en des temps anciens, subsistent encore de nos jours des traces d’animisme tardif autour de Sources, Grottes ou terriers avec Ourse, marmotte, coq ou écureuil... A la chandeleur, l'hiver s'apaise ou prend vigueur ". Selon la croyance populaire, l'ourse/ marmotte sort de son hibernation le 2 février. Si le temps est clair, il rentre dans sa tanière pour y séjourner les quarante jours suivants car l'hiver continuera. Si par contre le ciel est sombre, signe que l'hiver reculera, il en sort définitivement. Dans les pays pyrénéens, chasses à l'ours et danses de l'ours ont lieu à la chandeleur.
À Pont-de-Cervière, à Villard d’Arènes, une vallée étroite du Haut-Dauphiné, on danse sur le pont que n’atteint pas encore le Soleil à cette date, en faisant sauter une crêpe galette, solaire, “blonde” comme Apollon Xanthos, le plus haut possible pour qu’elle soit “illuminée” (Phoibos) par les rayons du Jeune Soleil si attendu : gajons que les près vont bientôt reverdir aux adrets… Mais il ne faut surtout pas faire tomber la galette hors de la poêle !
La coutume de faire sauter les crêpes le plus haut possible, avec une pièce d’or dans l’autre main, pour avoir de l’argent toute l’année – c’est à dire des récoltes abondantes – en est issue et est encore bien pratiquée de nos jours.
Ailleurs, au contraire, la crêpe doit se nicher sur le dessus de l’armoire en “chapeau de gendarme” et elle y restera toute l’année pour assurer fécondité et richesse à toute la maisonnée.

Cette coutume de faire des crêpes vient certainement de la première récolte d’œufs de l’année ; on sait en effet que les poules ne pondent qu’avec un éclairage suffisant. Mais sa forme de galette blonde est fonction du caractère essentiellement solaire de cette fête païenne car : “A la Chandeleur, on aide le printemps à venir”!
J’avoue que personnellement, c’est mon banquet favori de l’année...
Lait, œufs, farine, un peu de douceur sucrée ou mielleuse et le tour est joué :
tartes à la crème, gâteau, fromage s’invitent bien avec les Crêpes, symbole du moment. Mais annonçant aussi la dernière période de Carnaval dont on ne peut passer sans ses nombreux et frugaux beignets !! Du gâteau traditionnel des Allemands qu’ est le Krapfen, un beignet soufflé (le Berliner Krapfen qu’on trouve maintenant partout), qui est originellement garni de pomme et non de confiture atrocement sucrée... ou bien encore de Bugnes, de cuisses dames, de pets de nonnes, ou autres noms selon les régions carnavalesques si ce n’est faute de peu de ne pas perdre son pain !...

Bonne et lumineuse Fête à vous ; que grandisse votre Lumière !