Sainte Lucia

Par TiTom
D’après le HeathenHof et le musée nordique suédois


La légende de sainte Lucie parle de Lucie de Syracuse, qui a été brûlée par le feu pour sa foi chrétienne. Le miracle se produisit lorsque les flammes disparurent subitement, mais elle périt finalement par l’épée. Selon la légende, ce fût un 13 décembre.
Dans le calendrier catholique suédois, Lucie a existé comme un jour saint jusqu'au 16ème siècle, sans avoir été célébré de manière significative. Après la Réforme, lorsque la Suède est devenue protestante, la signification de l'église de la sainte catholique s’est amenuisée.

Lucia - une histoire aux multiples facettes-

La célébration de Lucia en Suède a des origines diverses avec plusieurs influences. La première description d'une Lucie vêtue de blanc avec un chandelier fût à Skinnskatteberg en 1820.
Tradition rendue populaire dans les années 1920’ , ces célébrations se faisaient plus au XVIIIe et XIXe siècle par la classe aisée du peuple.
Dans la communauté païenne, la Nuit-Lucienne était associée aux êtres surnaturels et aux prédictions de l’année à venir.
En général, Lucia est une fille ou une femme, généralement vêtue d'une longue robe blanche, parfois couverte d’un manteau ou d’une cape bleue, souvent avec un ruban rouge pour ceinture et avec une couronne de bougies sur sa tête. Elle est suivie de "târnor" ; un mot archaïque signifiant à l'origine "servante", mais maintenant seulement utilisé par « brudtârna » :" la demoiselle d'honneur"; les participantes à la procession de Lucia, qui sont elles aussi vêtues de robes blanches semblables à celles de Lucia, mais sans la couronne de bougies. Ensuite, il y a les "stjârngossar" ( se rapprochant de "chanteurs étoilés"), les participants vêtu de (robes) bleues, coiffés de chapeaux blancs/bleus coniques avec des étoiles sur eux, et tenant une baguette avec une étoile au bout.
Dans les jardins d'enfants et les écoles, ces processions comprennent aussi des fois des tomtenissar/elfes et des hommes en pain d'épice.
La coutume se faisait principalement dans l'ouest de la Suède et ne s'est propagée dans les villes universitaires et dans diverses organisations du pays qu'au milieu du XIXe siècle à partir d’un concours à Stockholm en 1928. Là, la Lucia gagnante fût conduite en procession avec une lumière électrique !

Dans la communauté des agriculteurs suédois, la Nuit de Lucie du 12 décembre a été considérée comme la nuit la plus longue de l'année. Le calendrier dit Julien a 0,0078 jours (ou 11 minutes et 23,2 secondes) de plus que l'année solaire réelle. Au fil des siècles, cela s'est accumulé à des jours, puis des semaines. Ainsi en 1753, le solstice « Julien »s'est déplacé du 13 au 24 décembre, correspondant au 11 jours supplémentaires rajoutés dans le calendrier grégorien actuel, dont l’écho rappelle les Nuits de Jule...

Dans le monde populaire de l'imagination, la nuit lucienne était considérée comme un moment dangereux : des êtres surnaturels errant dans les ténèbres étaient en mouvement et, par exemple, les animaux parlaient, comme il est souvent dans les temps de transition.
Le nom même de Lucia vient de lux en latin, signifiant Lumière. Certains associeront même le nom à Lucifer, le diable lui-même! Mais elle était parfois trop considérée comme la première femme d'Adam, et la mère de tous les peuples invisibles du folklore. Encore une fois, les vagues similitudes entre Lilith et Lussi/Lucia ont peut-être quelque chose à voir avec cela, mais cela n'aurait guère été suffisant sans des croyances fermement ancrées sur sa divinité ou ses pouvoirs magiques.
Mais Lucia est bien aussi associée au surnaturel dans le nord de la Suède, il y a des histoires qui disent qu'elle était une dame de la Montagne qui, la nuit de Lucian, dirige les êtres surnaturels en mouvement voire menait la Grande Chasse...
Enfin, je me souviens d'avoir rencontré des mentions qui assimilent Lussi au rôle de Freyja/Frâja à cette époque. On dit qu'elle visite les maisons pour voir qu'elles sont bien prêtes pour le yuletide, et qu’aucun outil pointu ne peut être laissé à l'extérieur pendant cette nuit ou elle ternira les bords afin qu'ils ne puissent plus jamais être aiguisés. On dit aussi que les dernières pommes dans un jardin ou sur une ferme devraient être laissées sur l'arbre comme une offrande à Freya. J'étais certain que j'avais lu ceci dans "W'rend och Wirdarne", une enquête ethnologique du 19ème siècle de parties de Smâland en Suède, mais hélas, je ne peux pas trouver cette mention maintenant.

-« Petite veille de Noël » ou « la longue Nuit de Luce »-

Les pratiques les plus anciennes associées au 13 décembre seraient, selon toute vraisemblance, le port de masques effrayants. Un vieux mot pour cela en suédois est "skrâpuk", une combinaison d'un mot signifiant "peau sèche" et "démon" ou "esprit maléfique" (puk, de la même racine que "Puck" de Une Nuit d’été). Des déguisements effrayants ont été utilisés à plusieurs jours fériés tout au long de l'année en Suède, comme Shrove Tuseday, Pâques et Walpurgis, mais il semble surtout être associé à la Période de Yule. La chèvre de Yule était l'une d'entre elles, autant que Krampus, divinité cornue, soit peut-être reliée aux chèvres tirant le chariot de Thor. Il y a même eu des "fantômes de yule" et d'autres costumes affreux. Des masques d'animaux ont été trouvés dans la ville de Haithabu/Hedeby, à l'âge des Vikings, et il y a des mentions de Scandinaves dans la danse de Byzance (Varangiens de la garde de l'empereur) tout en portant des peaux d'animaux et des masques. Il semblerait donc que ces pratiques remontent à l'époque préchrétienne.

Il n’y a pas de bonnes descriptions des apparences exactes des premiers masques et déguisements utilisés lors des célébrations de la Lussy, cependant, on relève que plus tard, les masques laissèrent place à des visages noircis de suie, et des hommes habillés dans des vêtements de femmes, et vice-versa - qui à l'époque était apparemment considéré comme le point culminant de la Colline.

Femmes et hommes s’échangeaient même des dons de viande pour traduire et partager la notion d’Abondance, proposant même jusqu’à, au moins, 3 petits-déjeuners! Composé de pains au safran ou au gingembre traditionnellement, et pouvant être bien plus consistants, autant que les boissons !...

Les thèmes de croisement de genre avec un caractère ludique sont des éléments classiques des rituels et des récits folkloriques qui donnent des aperçus comiques dans le Monde du Carnaval européen.

Alors que la procession se déplaçait dans les villes, la foule lâchait des sternes et des étourneaux, oiseaux blancs et noirs en journée à son passage. Au 19e siècle, la Procession se faisait seule ou avec un ou deux compagnons qui étaient auparavant apparus comme les trois sages dans les rassemblements du 13, l’ancien solstice ou pour l’anniversaire chrétien...

La mélodie de la chanson de Lucia est originaire d'Italie, probablement avec un modèle populaire. Le texte suédois a été écrit en s’en inspirant dans les années 1920 et a ensuite été publié dans un recueil de chansons en lien avec la célébration de la célébration de Lucia.
L'histoire de cette chanson est trop belle pour être sautée : la mélodie est tirée d'une chanson napolitaine traditionnelle appelée « Santa Lucia » qui célèbre le pittoresque quartier riverain, Borgo Santa Lucia, dans la baie de Naples. Le compositeur suédois Gunnar Wenner a entendu la chanson en Italie, l'a apportée en Suède et a réécrit les paroles illustrant la façon dont une lumière jaillira de l'obscurité de l'hiver. Bien que je suis sûr que Wenner parlait du mythe de la naissance de Jésus, mais la chanson ne mentionne pas une seule fois Jésus ou Dieu! Au lieu de cela, il se concentre sur la façon dont l'obscurité de l'Hiver disparaîtra. Il commence par une description de la façon dont l'obscurité entoure les maisons en hiver et se termine par la ligne: "le jour se lèvera à nouveau d'un ciel rose". C'est une certaine religiosité de la nature là-bas!
Le dicton, ne dit-il pas qu’ « à la Sainte-Luce, les jours avancent d’un saut de puce »?...

-Lucia et les traditions populaires-

Les pratiques folkloriques ont impliqué beaucoup de personnages intéressants qui ne font pas partie des festivités suédoises modernes. Lucia, comme la chèvre Yule, la vache Lussi et la mariée et le marié Lussi...La mariée Lussi, qui est apparue à certains endroits, était une mariée qui plaisantait et parfois vêtue de paille, ou une poupée de paille avec laquelle on pouvait danser la symbolisait.
Les premières mentions de la lussebride dit qu'elle était couverte de paille tenue par une ceinture de paille et qu'elle devait danser avec tous ceux qui le voulaient jusqu'à ce que toute la paille soit tombée. Des sources ultérieures dans d'autres parties de la Suède racontent une robe noire avec des étoiles blanches, ou une robe blanche avec des étoiles noires. Quoi qu'il en soit, être choisi pour être "lussebride" était un honneur douteux. D'habitude, une femme de "morale lâche" était choisie, et ce n'est pas rare qu'elle soit quelqu'un qui avait déjà eu un enfant hors mariage. Il y avait un dicton: "Den som en g'ng varit Lussebrud, hon f'r aldrig n'gon brudeskrud." Cela se traduit à peu près par "celle qui a été une fois Lussebride ne portera jamais de robe de mariée".
Les traditions entourant la célébration de Lucia avant le 20ème siècle témoignent bien des racines assez anciennes...
Quelque temps après la Première Guerre mondiale, les trains Lucia se sont inclus au public urbain. L'importance accrue des festivals de Lucia est parallèle à la croissance de la Suède moderne au cours des 150 dernières années, l’intégrant ainsi dans sa culture moderne.

Ces dernières années, la figure de Lucia elle-même a fait l'objet de débats. Depuis que les trains/cortèges de la Lucia sont devenus associés à la blondeur et au nordissisme du 20ème siècle, la figure changée de Lucia a provoqué la controverse. Au 20e siècle la notion d’une Lucie-blonde est une idéalisation qui n'a pas de base culturelle et historique. Au contraire, l'histoire montre les nombreux fonds culturels et historiques de Lucia Day, notamment en termes de genre, d'apparence et de rituel lui-même. La célébration à notre époque de Lucie est considérée comme une célébration largement médiatisée et qui, pour des raisons douteuses, est devenue le symbole de la culture suédoise et nordique plus ancienne.

Tandis que la littérature eddaique se concentre principalement sur les histoires des divinités masculines, il est évident que d'autres preuves, textuelles et archéologiques, que leurs homologues féminins étaient une partie tout aussi importante de l’ancienne croyance. En effet, les déesses ont peut-être joué un plus grand rôle dans la vie quotidienne que les dieux. Les d'sir ont été adorés à la fois comme des divinités de l'accouchement, de la maison et du foyer, de la fertilité ainsi que du destin et de la guerre ! Beaucoup de déesses, telles que Frigg et Freyja, sont censées avoir une association étroite avec la filature et d'autres tâches quotidiennes, qui rend probable leurs liens.
Au 8ème siècle, le moine anglais Bede a écrit que les Anglo-Saxons païens ont célébrés une fête aux alentours du Solstice d'Hiver connue sous le nom « Modraniht »ou la Nuit des Mères.
On pense que cela est lié ou fait partie du culte des Matres et des Matronae, connus à partir d'autels sculptés avec leurs images en Europe continentale. Il est également possible qu'elle soit à son tour liée aux Nornes et/ou aux Norns de Scandinavie, ou que tous ces trois soient reliés par des racines communes.

Dans les régions germanophones de l'Europe, il y a beaucoup d'histoires d'un être féminin puissant. Sous bien des noms tels que Frau Holle, Holda, Perchta, Berchta, Bafana et bien d'autres, on pense qu'elle défend la morale parmi les gens, récompense les travailleurs et les gentils cœurs et punit les paresseux et les impolis. Elle vit souvent dans un puits, monte dans un chariot et a beaucoup à voir avec la filature, le tissage et la préparation du lin. Et elle s'associe fortement avec le temps autour du Solstice d'Hiver, en particulier les Douze jours de Noel. La connexion est si forte qu'elle apparaît presque toujours à ce moment-là et qu'elle a été qualifiée de « déesse de l'hiver », voire de Mère-Noël en Alsace.

Comme Freya/Lucie ci-dessus, Frau Perchta est parfois triste à visiter les maisons avant Yule pour inspecter l'ordre de la maison. Elle est aussi, comme Holda, liée à la Chasse Sauvage, tout comme Luce, Perchta sont parfois appelée "la mariée du soleil".

Si nous permettons la connexion possible entre Lucy et Freya, il peut y avoir un autre lien avec Frau Holle. Dans le suédois moderne, le mot pour l'aîné est "flder", mais un mot plus ancien est "hylle" et il y a un être dans le folklore suédois appelé "hyllefroa" ou "hyllefrun", signifiant "la dame aînée". Bien que je ne trouve pas de sources académiques couvrant cela, il semble y avoir une idée claire que l'aîné soit associé à Freyja, et à partir des similitudes d'histoires, il semblerait que Hyllefrun et Freyja ne soit qu’un seule et même personnification.
Reine des Dieux nordiques, Frigga accompagne aussi Wotan et Ullr dans leur cavalcade. On lui accorde aussi le travail de filage mais également du Ciel, étoilé particulièrement, avec sa couronne d’étoiles rappelant la jeune fille aux pains safranés...

Au masculin, Lucia devient Luc, de la même racine désignant la Lumière comme Lugh en gallo-celtique; la ville de Lyon lui doit son existence s’appelant auparavant Lugdunum où on y célèbre la renommée fête des Lumières depuis un 8 décembre 1852 ; pas de trace d’une jeune fille à bougie, mais d’une vierge maîtrisant un mauvais feu...

Ma façon de lier Freya-Lussy-Frigg
est peut être liée à ce qui est dit dans Vafârânismâl de Sunna pendant le Ragnarok. Elle est mangée par le loup Skoll, mais avant cela, elle a donné naissance à une fille qui prend les rênes de ses chevaux et conduit le char du soleil à sa place. Cela me rappelle encore le conte d’une jeune fille au manteau rouge, croisant un Loup sur le chemin menant chez sa grand-mère...
Dans une compréhension circulaire du temps et du monde, le solstice d'hiver est relié à ce moment dont la célébration du cycle de vie est toujours renouvelé.
Ici Lucia porte le Nouveau Soleil, la nouvelle Sunna ! Elle est la sage - femme, aidant la Sunna à accoucher sa fille, elle - même, au nouvel an...

Les Bethen sont aussi des déesses associées à Yule...
J'espérais vraiment aller plus en profondeur vers ce sujet, mais comme cet article, rien que sur la Lucy, est déjà beaucoup plus long que ce que j'avais prévu, je vais encore le garder sous le coude de Jule...